Visite du Directeur Général à la Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT) à Ndjamena (Tchad)

S’inspirer de l’Expérience des Ainés …

 

Comment mettre sur pied, dans des délais serrés, une force multinationale de sécurité pour une organisation qui durant 47 ans n’a fait que du développement ?  A l’Autorité du Liptako-Gourma, depuis la 2ème Session  Extraordinaire de la Conférence des Chefs d’Etat de l’ALG tenue à Niamey, en janvier 2017, un Sommet qui a décidé d’étendre la mission de développement de l’Organisation à la sécurité avec la création d’une force multinationale de sécurisation du Liptako-Gourma, cette question est  sur toutes les lèvres et ressemble, vue des locaux du 417, Avenue Kwamé Nkrumah de Ouagadougou, à une « équation à plusieurs inconnues » pour reprendre la formule mathématique du même nom.

 

En tous les cas, la création de cette force est un énorme enjeu pour l’Autorité. Aux yeux de Monsieur Saïdou OUA, son Directeur Général, la mise en place de la « Force du Liptako » est d’autant plus urgente que l’actualité sécuritaire dans les trois pays membres ne laisse guère de choix ni de répit  à son Organisation : pas une quinzaine de jours ne passe, dans la Région du Liptako-Gourma, sans son lot d’attaques et/ou d’enlèvements. Pire, personne n’ose s’y aventurer sans solide escorte militaire y compris l’Institution qui y porte le nom; ce qui est un comble pour l’ALG qui y a travaillé pendant des décennies et dispose de nombreux projets…

 

Pour résoudre cette question, le Directeur de l’ALG multiplie réunions et voyages. La plus récente en l’espèce est cette mission effectuée, du 26 au 29 avril 2017, à N’Djamena au siège de la Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT) qui entre dans le cadre d’une série de rencontres avec les organisations de coopération intervenant dans les domaines du développement et de la sécurité et a pour objet de s’enquérir de l’expérience de ces organisations, en l’espèce la CBLT, dans la gestion sécuritaire du Bassin du Lac Tchad.

 

Au siège de la Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT), à N’Ndjamena, la Délégation de l’ALG a été reçue en audience par le Secrétaire Exécutif qui assure cumulativement, les fonctions de Chef de Mission de la Force Multinationale Mixte de la CBLT (FMM/CBLT), en présence de certains de ses collaborateurs. Aussi, Monsieur Sanussi Imran ABDULLAHI a souhaité la bienvenue à la délégation de l’ALG et s’est dit très honoré du choix porté sur son Organisation par l’ALG pour cette visite de travail. L’entretien qui a réunit les deux chefs d‘institution a été mis à profit pour échanger sur les questions sécuritaires et de géopolitique.

 

Le Directeur Général de l’ALG a remercié le SE/CBLT et ses collaborateurs pour l’accueil chaleureux réservé à sa délégation. Il a ensuite présenté l’Autorité du Liptako-Gourma et informé son hôte des mutations en cours suite aux décisions des Chefs d’Etat d’élargir la zone d’intervention de l’Organisation qu’il dirige à l’ensemble des territoires des trois (3) Etats membres et ses domaines d’intervention à la sécurité ainsi que leur décision de créer une Force Multinationale de Sécurisation du Liptako-Gourma (FMS/LG), objet de sa mission.

 

A la suite de son hôte, le SE/CBLT a, à son tour présenté son Organisation, évoqué les défis auxquels le Bassin du Lac Tchad est confronté, en insistant surtout sur la création de la FMM/CBLT et donné quelques conseils d’usage au Directeur Général de l’ALG. Il s’est appesantit sur le mandat confié à la CBLT relatif à la préservation de la paix et de la sécurité dans ses pays membres, avec notamment la création,  en 1994, d’une Force Multinationale Mixte (FMM) créée pour aider le Niger et le Tchad à lutter contre des rebellions armées auxquelles ces pays font face et éviter que les rebelles très actifs dans la zone, depuis 1990, ne perpétuent leurs actions criminelles en se servant du Nigéria comme base arrière. Il a fait un bref rappel historique en rappelant les difficultés de fonctionnement qu’avait connues cette force au moment de sa création, en raison principalement du différend frontalier en cours de l’époque entre le Nigéria et le Cameroun à propos de l’appartenance revendiquée par chacun des deux pays de la presqu’île de Bakassi. Cette crise avait entrainé le retrait des troupes camerounaises de la force.

 

Le règlement à l’amiable de ce différend frontalier entre les Etats dans le cadre de la CBLT et sous l’égide de l’Union Africaine et de l’Organisation des Nations Unies a eu comme effets positifs la réactivation de la Force Multinationale Mixte sous la tutelle de la CBLT et la relance de ses activités.

Puis vint le second déclic consécutif à l’apparition du groupe Boko Haram dont les agissements criminels vont  amener les Chefs d’Etat de l’Organisation à tenir un sommet pour rendre cette force plus opérationnelle. Cette rencontre aura pour mérites de statuer sur un certain nombre de blocages tels que la désignation du pays qui accueillera le siège de l’Etat-major de la force, la répartition des postes de commandement et la contribution en effectifs de chaque Etat à la FMM/CBLT.

 

Du point de vue financier, pour assurer un fonctionnement adéquat de la FMM, les pays participent au prorata de leurs moyens. Toutefois, en vue certainement du développement de son leadership dans la région, le Nigéria s’est engagé pour un montant de 100 millions de dollars US.

 

Des partenaires techniques et financiers, notamment l’Angleterre et l’Union Européenne (50 millions d’euros) via l’Union Africaine contribuent également au financement de la Force. Le pays abritant l’Etat-major, en l’occurrence le Tchad, a fait don d’infrastructures pour servir provisoirement de quartier général en attendant que la force soit dotée de son propre siège.

 

Concernant le mode opératoire de la Force sur le terrain, la délégation de l’ALG apprendra auprès de son hôte que les opérations de la FMM sont menées par ses seuls éléments dans certains cas et dans d’autres, conjointement avec les armées nationales.  Le Secrétariat Exécutif de la CBLT finance entièrement les opérations de terrain à travers des dotations en carburant, l’achat de munitions, l’entretien du matériel et le paiement des indemnités des éléments de la Force (hommes de rang, sous-officiers, officiers et officiers d’Etat-Major) dont l’effectif est de 10 500 hommes.

 

Les interventions de la Force, ont eu pour résultats positifs une réduction considérable des capacités de nuisance du groupe terroriste Boko Haram dont les attaques se raréfient.

Au cours de cette rencontre, Le SE/CBLT a également donné quelques conseils au Directeur Général quant aux difficultés éventuelles qui pourraient surgir lorsqu’il s’agit d’engager des troupes sur des terrains pour des opérations de sécurisation.

 

Le Directeur Général de l’ALG a reçu des mains du Secrétaire Exécutif, le symbole de la FMM/CBLT.

 

A la suite de l’entretien avec le secrétaire exécutif, le Directeur Général de l’ALG s’est rendu au Quartier Général de l’Etat-major de la Force Multinationale Mixte/CBLT où il a été accueilli par le Commandant par intérim de l’Etat-major assisté de certains officiers, responsables d’unités.

 

A l’issue de la séance de travail, le Directeur Général de l’ALG a signé le livre d’or de l’Etat-Major de la FMM et reçu des mains du Commandant par intérim en guise de cadeau, le symbole de la FMM/CBLT. Cette visite s’est terminée par la visite des locaux et installations de la composante civile de la Force dont le financement est assuré par l’Union Africaine. 

 

Enfin, la délégation de l’ALG a eu, le vendredi 28 avril 2017 dans les locaux du Secrétariat Exécutif, une séance de travail avec les Coordonnateurs régionaux des Programmes de la Commission en cours, à savoir le Programme de développement durable du Bassin du Lac Tchad (PRODEBALT) et le Programme de réhabilitation et de renforcement de la résilience des systèmes socio-écologiques du Bassin du Lac Tchad (PRESIBALT).

 

Au cours de cette séance de travail, les deux Coordonnateurs ont, tour à tour, fait une présentation de leurs programmes respectifs (les sources de financement, les objectifs poursuivis, les coûts et la durée des programmes, etc..)

 

Pour information, la CBLT a été créée le 22 mai 1964 par le Cameroun, le Niger, le Nigéria et le Tchad. Elle compte actuellement six (6) Etats membres avec l’adhésion de la République Centrafricaine et celle de la Libye. Cette Organisation  a pour mandat  la gestion durable et équitable du Lac Tchad et des autres ressources en eaux partagées du bassin éponyme ; la préservation des écosystèmes du Bassin Conventionnel du Lac Tchad ; la promotion de l’intégration et la préservation de la paix et de la sécurité transfrontalières dans le Bassin du Lac Tchad.